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Portrait

Felice Romani, le miracle de Bellini

Bellini passe pour le génie solitaire qui fait pleurer avec trois notes. Derrière ses grands opéras se trouve pourtant Felice Romani, librettiste surchargé, négociateur et architecte dramatique. Leur alliance a produit Norma. Leur rupture publique a failli briser les deux hommes.

Vincenzo Bellini naît à Catane le 3 novembre 1801. Trente-quatre ans plus tard, il meurt près de Paris après avoir composé dix opéras. Cette carrière fulgurante nourrit facilement le mythe : un jeune homme fragile, des mélodies infinies, une inspiration presque miraculeuse.

Le miracle avait un collaborateur. Felice Romani travaillait depuis plus de dix ans pour les principaux théâtres italiens lorsque Bellini le rencontre à Milan en 1827. Il connaît les contraintes des chanteurs, de la censure, des directeurs et des calendriers. Il sait transformer une pièce française, un roman ou une chronique en action lyrique.

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Romani écrit les textes de presque tous les opéras italiens de Bellini : Il pirata, La straniera, Zaira, I Capuleti e i Montecchi, La Sonnambula, Norma et Beatrice di Tenda. Le compositeur réclame des situations fortes, des vers simples à mettre en musique et des passions capables de faire avancer la scène. Le librettiste taille, déplace et recommence.

Leur méthode produit une musique où la phrase semble naître du mot. La ligne de Norma paraît libre parce qu’un travail extrêmement concret a préparé son envol. Le génie de Bellini reste entier. Il devient plus intéressant lorsqu’on voit la discussion, la contrainte et les corrections qui l’ont rendu possible.

Puis le système s’enraye. Pour Beatrice di Tenda, le sujet change tardivement. Romani, déjà accablé de commandes, livre son texte en retard. La création de mars 1833 se déroule dans un climat empoisonné. Compositeur et librettiste s’accusent publiquement dans la presse.

Bellini part ensuite pour Londres puis Paris. Son dernier opéra, I Puritani, est écrit avec Carlo Pepoli. Il cherche pourtant à se réconcilier avec Romani. La mort interrompt le retour au travail commun.

Notre histoire de la musique adore les signatures uniques. Un nom tient mieux sur une affiche et une couverture de disque. L’opéra résiste à ce récit : il naît d’un texte, de voix, d’un théâtre, d’un atelier et de rapports de force. Romani n’enlève rien à Bellini. Il nous permet enfin de comprendre comment Bellini est devenu Bellini.

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