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Portrait

Walter Gieseking, le pianiste indispensable du Reich

Ses Debussy et Ravel restent des références discographiques. Pendant la guerre, le ministère de la Propagande l’envoie jouer dans les territoires occupés. Son cas échappe aux récits confortables de l’artiste innocent et du militant forcément encarté.

Walter Gieseking naît le 5 novembre 1895 à Lyon, de parents allemands. Son toucher, sa mémoire et son répertoire français font de lui l’un des pianistes les plus célèbres de l’entre-deux-guerres. Ses enregistrements continuent d’être réédités comme des modèles de clarté.

Lorsque les nazis prennent le pouvoir, Gieseking reste en Allemagne et poursuit une carrière internationale. Les archives étudiées par le chercheur Frank R. Trapp montrent que le régime le classe parmi les artistes indispensables, puis parmi les Gottbegnadeten, les artistes divinement doués considérés comme essentiels à la culture du Reich.

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Le ministère de la Propagande utilise son prestige. Pendant la guerre, il lui ordonne des tournées dans des pays annexés, occupés ou neutres, notamment la France, la Pologne, la Roumanie et la Finlande. Il joue devant des publics civils, des responsables et des troupes.

Selon Alain Lompech dans son livre Les grands pianistes du XXe siècle, il déclare publiquement son admiration pour le Führer au concours Ysaye en 1938 devant ses confrères Arthur Rubinstein et Ignaz Friedman notamment. Etait-il sous la contrainte ou était-ce sincère ? Il est en tout cas acquitté de toute collaboration par un tribunal allié Allemand en 1955.

Victime dans grave accident de circulation dans lequel sa femme décède la même année, le pianiste aux mains de géant meurt le 26 octobre 1956 à Londres.

Gieseking reste aujourd'hui un pianiste majeur bien que sa carrière fut intégrée à l’appareil culturel du Reich. La beauté d’un Debussy n’annule pas son contexte. Le contexte n’empêche pas d’entendre la beauté. Il nous oblige à écouter avec davantage d’histoire.

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