Le classique risque de devenir le citoyen de seconde zone du CNM
En 2026, le Centre national de la musique a puisé dans ses réserves pour maintenir ses aides au spectacle vivant classique. Le Sénat prévient que cette solution ne pourra pas être répétée en 2027. Derrière une bataille fiscale assez aride se joue la survie de productions, d’ensembles et de tournées.

Le Centre national de la musique devait être la maison commune de toutes les musiques. Le principe était séduisant : réunir dans un même établissement les soutiens à la production, au spectacle vivant, à l’exportation, à l’innovation et à la transition écologique. Le problème commence au moment de payer la maison.
Les concerts de musiques actuelles alimentent le CNM par une taxe sur la billetterie. Le classique, le lyrique et la création contemporaine en sont exonérés. Leur soutien dépend donc des crédits versés par l’État. Or la dotation publique du CNM a baissé de sept millions d’euros en 2026. Pour préserver les aides spécifiques au spectacle vivant classique, l’établissement a puisé dans son fonds de roulement.
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Le rapport du Sénat est limpide : cette opération exceptionnelle ne pourra pas être recommencée en 2027. Les réserves ne sont pas un budget durable. Sans nouvelle décision, les aides sectorielles consacrées au classique peuvent disparaître, ne laissant aux orchestres, ensembles, festivals et producteurs que les dispositifs transversaux.
Trois scénarios sont sur la table. Le premier consiste à supprimer les aides spécifiques. Il ferait du classique, selon les mots mêmes du rapport, un citoyen de seconde zone du CNM. Le deuxième étendrait la taxe sur la billetterie aux concerts classiques. Le rendement attendu resterait inférieur à deux millions d’euros et serait concentré sur quelques grandes institutions déjà financées par l’argent public. La taxe risquerait aussi d’alimenter la hausse des billets et de fragiliser la diffusion.
Le troisième scénario organise une solidarité entre secteurs : déplafonner les taxes existantes puis consacrer une partie de leur produit au classique. Cette solution suppose un choix politique. Les musiques actuelles peuvent légitimement demander pourquoi elles financeraient seules une maison commune. Le classique peut rappeler que ses productions, souvent déficitaires par construction, remplissent des missions de création, d’emploi et de maillage territorial.
Le débat mérite mieux qu’une guerre de chapelles. Il faut savoir combien le CNM verse réellement au classique, à qui et pour quels résultats. Il faut aussi mesurer ce que la disparition de ces aides ferait aux petits producteurs, bien avant qu’elle ne touche les grandes maisons nationales. Le risque immédiat concerne les projets du milieu : trop coûteux pour vivre de la billetterie, trop petits pour survivre sans soutien ciblé.
Une politique musicale se juge à ce qu’elle rend possible. Si la maison commune ne peut plus soutenir une partie de ses habitants, il faut décider publiquement qui paie, qui reçoit et quelles œuvres ne verront plus le jour.
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