CNSMD DE PARIS : LES ÉTUDIANTS BLOQUENT LE CONSERVATOIRE ET DÉNONCENT LEURS CONDITIONS D'ÉTUDES.
Ce lundi 12 octobre, les étudiants du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris ont engagé un blocus total de l'établissement. Ils dénoncent leurs conditions d'études, la précarité, les violences sexistes et sexuelles et les politiques d'austérité qui frappent l'enseignement artistique supérieur.

Le mouvement dépasse largement les seules questions pédagogiques. À travers leur communiqué, les étudiants dressent un état des lieux particulièrement préoccupant du fonctionnement de leur établissement et portent des revendications politiques et sociales.
LE POINT À 14h : DES CONDITIONS D'ÉTUDES ET DE TRAVAIL À REVOIR
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Les étudiants demandent notamment :
- La création d'un cadre juridique protecteur pour encadrer leurs heures de présence obligatoire et garantir une rémunération lorsque certaines activités pédagogiques s'apparentent à de véritables prestations professionnelles.
- La suspension des enseignants mis en cause pour harcèlement moral ou sexuel pendant les enquêtes, et leur licenciement en cas de condamnation.
- La création d'un poste spécifiquement consacré aux signalements et aux enquêtes sur les violences sexistes et sexuelles.
- Une réforme du règlement des absences et la suppression des procédures disciplinaires liées aux absences.
- Une remise en question du fonctionnement des examens, notamment des mentions et de l'annonce orale des résultats, qui alimenteraient une compétition permanente entre étudiants au détriment de leur santé mentale.
- Une augmentation du nombre d'enseignants et de leurs rémunérations.
- L'amélioration de l'état des bâtiments et davantage de transparence concernant la présence d'amiante.
- Le maintien de l'accès aux salles et aux ressources du Conservatoire après la fin des études, afin de faciliter l'insertion professionnelle.
Les étudiants dénoncent également le fonctionnement du système de contrôle d'accès par badges et serrures connectées et expriment leur refus d'une intégration à l'université Paris Sciences et Lettres (PSL).
UNE DEMANDE DE SOUTIEN ET DES REVENDICATIONS FINANCIÈRES
Les étudiants appellent également à soutenir plusieurs revendications :
- La mise en place de repas à 1 € pour tous les étudiants, grâce à des subventions.
- Un meilleur équilibre des financements publics entre les deux Conservatoires nationaux supérieurs de musique et de danse, Paris et Lyon.
- Un véritable pouvoir de décision pour les représentants étudiants au conseil d'administration, ainsi que la fin de la présence de membres non élus qu'ils jugent illégitimes.
UN MOUVEMENT QUI SE VEUT AUSSI POLITIQUE ET SOLIDAIRE
Le communiqué inscrit explicitement cette mobilisation dans un mouvement social plus large.
Les étudiants affirment leur opposition au plan d'austérité du ministère de la Culture et leur soutien aux lycéens mobilisés et aux accompagnateurs du CNSMDP actuellement en grève.
Ils réclament également l'abolition de Parcoursup et du dispositif « Bienvenue en France », l'annulation des frais imposés aux étudiants étrangers, le rétablissement des APL et soulèvent la question des frais d'audition.
Ils dénoncent la précarité étudiante et la répression policière, demandent au gouvernement de prendre en compte leurs revendications et vont jusqu'à réclamer sa démission.
UN BLOCUS POUR POUVOIR REJOINDRE LES AUTRES LUTTES
Les étudiants conditionnent la levée du blocus à la suspension des cours et des événements, y compris à distance, jusqu'au 17 octobre. Ils souhaitent ainsi pouvoir participer aux autres mobilisations sociales sans subir de conséquences de la part de leur établissement.
Le personnel de sécurité, de ménage et de restauration a pu accéder au bâtiment. Les étudiants ont également permis la récupération des instruments et organisé des solutions de travail à l'extérieur.
Une distribution alimentaire gratuite a été mise en place. Les étudiants souhaitent aussi créer un orchestre solidaire et un collectif de danse pour soutenir d'autres lieux de mobilisation, notamment les établissements scolaires bloqués.
Ils réclament enfin l'autorisation d'accueillir des étudiants d'autres établissements artistiques pendant l'occupation et la garantie qu'aucune sanction ne sera prise à leur encontre.
RÉVISONS NOS CLASSIQUES APPORTE SON PLEIN SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS MOBILISÉS.
On demande à ces jeunes artistes de consacrer leur vie à leur discipline, d'accepter des emplois du temps écrasants, une compétition permanente et des perspectives professionnelles souvent précaires.
Et lorsqu'ils réclament des droits, des protections, des moyens et une véritable place dans les décisions qui concernent leur avenir, il faudrait encore qu'ils restent bien sages ?
Le monde de la musique classique a besoin de ces mobilisations. Il a besoin d'étudiants qui s'organisent, qui contestent et qui refusent que la passion pour leur art justifie n'importe quelles conditions de travail.
Une confrontation entre les étudiants mobilisés et la direction du CNSMDP est prévue aujourd'hui à 15 h.
LE POINT À 18H
Plus de 150 étudiants du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris ont confronté leur direction à leurs revendications. Une réunion particulièrement nourrie, marquée par des témoignages préoccupants et des désaccords persistants.
Le sujet le plus sensible aura été celui des violences et du harcèlement. Plusieurs étudiants ont dénoncé la gestion de signalements, l'absence de suspension de certains enseignants mis en cause et le manque d'accompagnement des élèves concernés.
La directrice a défendu les procédures existantes, tout en reconnaissant des insuffisances dans le suivi et la communication auprès des étudiants.
Elle a également communiqué des chiffres : 12 signalements traités en 2025, dont sept dossiers clos et cinq toujours en cours en 2026. Quatre ont donné lieu à l'ouverture de procédures disciplinaires, dont trois concernant des agents et ayant abouti à des exclusions temporaires.
Des étudiants en danse ont également alerté sur des situations de souffrance psychologique, des violences morales présumées et des troubles du comportement alimentaire.
La direction a annoncé plusieurs chantiers pour l'année universitaire : une révision des règlements intérieur et des études ainsi que l'élaboration d'une charte de la relation pédagogique, avec un objectif d'adoption au printemps 2027. Elle envisage notamment de supprimer le recours aux conseils de discipline pour les absences.
Mais les étudiants attendaient surtout une réponse immédiate.
Ils conditionnent la levée du blocus à la suspension des cours et événements jusqu'au 17 octobre et à l'ouverture d'espaces du Conservatoire pour accueillir d'autres étudiants mobilisés.
La directrice, invoquant notamment des consignes du ministère de la Culture concernant l'accueil de personnes extérieures, n'a pas donné son accord durant la réunion. Elle s'est engagée à consulter ses équipes et le ministère pour apporter une réponse rapide.
Autre désaccord : les étudiants refusent la constitution d'une délégation pour négocier à huis clos. Ils exigent que les discussions se poursuivent collectivement, en assemblée générale.
À l'issue de cet échange, aucune décision définitive sur les conditions de levée du blocus n'avait été annoncée.
Les étudiants réclament désormais des engagements concrets. Et rapidement.
LE POINT À MINUIT
Après une journée de blocus et de discussions avec la direction, les étudiants du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris ont obtenu plusieurs avancées importantes.
Dans un courriel adressé ce lundi soir à l'ensemble des étudiants, enseignants et personnels, la directrice Émilie Delorme annonce l'annulation de tous les cours et événements publics jusqu'au samedi 17 octobre inclus.
Le Conservatoire redevient accessible, avec une entrée unique par le poste de sécurité et un accès réservé aux personnes disposant d'un badge de l'établissement.
La direction garantit également la liberté de circulation, de discussion et de débat au sein du Conservatoire, permettant ainsi aux étudiants de poursuivre leur mobilisation.
Ces dispositions ont été adoptées par l'assemblée générale étudiante.
C'est une première victoire pour les étudiants, qui avaient précisément conditionné la levée du blocus à la suspension des activités pédagogiques.
Une revendication importante reste toutefois sans réponse favorable : l'ouverture du Conservatoire aux personnes extérieures, notamment aux étudiants des autres établissements mobilisés.
Les autres revendications concernant les conditions d'études, les violences et le harcèlement ou encore la gouvernance de l'établissement restent également à discuter.
Dans son message, Émilie Delorme affirme vouloir poursuivre le dialogue et invite l'ensemble de la communauté du Conservatoire à participer aux échanges.
Une mobilisation qui porte déjà ses fruits.
Révisons Nos Classiques continue de suivre cette mobilisation et apporte son soutien aux étudiants qui revendiquent de meilleures conditions d'études et une véritable place dans les décisions de leur établissement.
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